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Dimanche dernier Arnaud Desplechin était à Bordeaux. « Terrifié mais là » comme il l'a dit lui-même. A mi-chemin de la rétrospective qui lui était consacrée au FIFIB, il est revenu sur sa filmographie, ses influences, ses préceptes. Interviewé par Renaud Cros, journaliste à Cinemateaser voici le nectar de cette masterclass.  

© Jérémie Buchholtz

© Jérémie Buchholtz

La rétrospective

Ce que j'apprécie dans cette idée est de pouvoir toucher des publics parfois très jeunes. Mes films marquent des gens très différents. Je ne sais pas faire des films pour tout le monde, je fais des films pour n'importe qui. Et puis surtout j'accorde une grande importance à la technique. Là je suis content parce que ce sont des versions qui ont été remastérisées. 

Un cinéma générationnel ?

On a qualifié Comment je me suis disputé... de film générationnel mais ce sont des personnages qui ne représentent qu'eux mêmes. Ils sont normaliens, philosophes, c'est un milieu professionnel assez flou. Ils sont très parisiens aussi, ils préfèrent être en ville, aller au jardin du Luxembourg, ont peur de la nature. Ils ne sont pas à la mode dans leur manière de s'habiller, d'ailleurs les acteurs eux même n'étaient pas à la mode à cette époque là avec leurs corps atypiques.

 

Arnaud Desplechin « Le cinéma fait scintiller la réalité »
Arnaud Desplechin « Le cinéma fait scintiller la réalité »
Arnaud Desplechin « Le cinéma fait scintiller la réalité »
Arnaud Desplechin « Le cinéma fait scintiller la réalité »

De l'écriture à la mise en scène

Philippe Garrel me disait : « Toute la vie j'ai regretté de ne pas être peintre, toi toute ta vie tu auras regretté de ne pas être romancier. » Je fais un film à partir de plusieurs idées. Je me documente beaucoup. Il m'arrive d'écrire des scènes dont on me dit qu'elles ne sont pas filmables mais je pense qu'il y a un temps pour écrire et un temps pour la mise en scène. Ce que j'aime c'est faire évoluer le texte pour qu'il se transforme, séparer les sentiments en acte. Quand je trouve que la scène ne fonctionne pas, j'improvise, je recontextualise le texte dans un autre cadre. C'est pour ça que je ne peux pas jouer en studio.  

La direction d'acteurs

En France, il y a une répugnance à la virilité. Brigitte Bardot, Catherine Deneuve, Delphine Seyrig, Isabelle Huppet, Isabelle Adjani incendient l'écran. A côté, les figures masculines paraissent aigres.

J'ai travaillé aussi bien avec des acteurs débutants qu'avec des stars dont il fallait prendre en compte leur propre histoire. Quand j'ai rencontré Catherine (Deneuve) je ne pouvais m'empêcher de penser à ses engagements politiques, à la voir comme une icône féministe. J'ai beaucoup d'admiration pour Lars Von Trier qui arrive à s'identifier à ses actrices.  

 

Un conte de Noël © Jean-Claude Lother / Why Not Productions

Un conte de Noël © Jean-Claude Lother / Why Not Productions

La cohérence dans l'oeuvre

On fait toujours un film contre le précédent. Pourtant mon rêve c'est de faire un film qui n'aurait rien à voir avec les autres. Quand des gens qui vous connaissent bien voient votre nouveau film et vous disent « C'est tout à fait toi », on est vexé de ne pas s'être réinventé.

Après, il y a une fidélité dans le goût du romanesque, l'amour des personnages féminins, la tentative de héros masculins qui essaient de changer leur fragilité en force.

Le mélange des genres

Dans Un conte de Noël, l'intrigue de la greffe permet de faire danser tous les histoires. Sauter d'un régime de récit à un autre. Le mélange des genres n'est pas quelque chose que je recherche mais ça m'amuse quand le personnage trébuche dans le burlesque. Par exemple Un conte de noël condense tous les probleme de la société pour en faire une comédie. Le film est assez divertissant. Et puis il y a un souci de réalité mais je pense que le réalisme est un genre.

Mathieu Amalric

Mathieu a dit que je l'avais inventé comme acteur. C'est assez vrai. Je cherchais qui était Paul Dedalus. Au casting les acteurs étaient tous très bien mais j'ai voulu qu'il fasse un essai. Il avait déjà eu un petit rôle dans La sentinelle. Il se laisser impressionner par le personnage en face, de la même façon que Paul qui avait besoin d'admirer ses proches. Il n'y avait que lui qui pouvait jouer ce rôle. Je suis jaloux des films qu'il fait avec les autres, surtout avec Les Larrieu. Moi je dois lui prouver que chaque personnage que je lui propose est différent du précédent. Il est cinéaste aussi donc nous sommes sur un rapport d'égalité. La mise en scène de La chambre bleue m'a ébloui.

Un conte de Noël © Jean-Claude Lother / Why Not Productions

Un conte de Noël © Jean-Claude Lother / Why Not Productions

Ses influences

Je me laisse impressionner par les films surtout le cinéma populaire américain. Par exemple Bird est le film le plus sous estimé d'Eastwood. L'histoire d'un couple que tout oppose (Il est noir, drogué, elle est blanche, riche) mais qui ne peut se passer l'un de l'autre. Il veut quelque chose qu'elle ne veut pas lui donner.

Dans Cris et chuchotements, Bergman réalise la scène de couple la plus cruelle au cinéma, lumineuse malgré la noirceur. Il y a des dimensions de la vie qui ne sont pas nobles : l’amertume, la vengeance font partie de l'être humain mais ne sont pas une vérité ultime. Le cinéma permet de faire grandir les personnages.

J'étais plus Godart que Truffaut. Mais lorsque j'ai revu Les 400 coups, j'ai compris que Truffaut était un inventeur de formes de cinéma.

 

Tag(s) : #Interviews

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