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Tonnerre, de Guillaume Brac

Qu'est ce que Tonnerre ? Un film d'amour ? Un thriller ? Une comédie dramatique ? À chacun de choisir tant le réalisateur multiplie les approches. Maxime, un musicien de 32 ans au creux de la vague après avoir connu un certain succès, s'installe chez son père dans la ville de Tonnerre en Bourgogne. Il y rencontre Mélodie, jolie journaliste stagiaire à L'Yonne Républicaine. En deux scènes, très réussie, la séduction opère. Dans la première, pour conquérir sa belle, Maxime se lance dans un rock endiablé (et l'on peut dire que Vincent Macaigne se révèle très à l'aise dans l'exercice) puis trouvera un complice grâce à un vigneron plutôt indiscret et culotté qui tentera de jouer les marieurs lors d'une dégustation de Chablis. L'idylle des jeunes gens sera courte et intense, ponctuée de ballades en ski dans les décors du Morvan, de discussions existentielles sur le sens de l'existence et de baisers fougueux. Mais l'ombre d'Yvan, l'ancien petit amie de Mélodie et joueur à l'AJ Auxerre, plane encore et compromet cet amour.

La crédibilité d'une histoire d'amour au cinéma est un exercice délicat et suppose l'alchimie de deux personnages. Malheureusement, ici, le charme n’opère pas. Que peut donc trouver cette fille bien trop jolie, fiancée à une star du foot locale, à un rockeur dégarni un peu fils à papa de dix ans son ainé ? Mais les histoires d'amour finissent mal en général et sur ce plan là Tonnerre ne révolutionne pas le genre sur ces passions qui se consument en laissant à chacun un goût amer. Il n'y a pas de gagnant dans ce triangle amoureux, pas de futur possible et peu importe. Ni dans l'ébauche de cette relation sentimentale ni dans la tentation du film de genre (Maxime est bien décidé à se venger de cet amour contrarié), le film ne convainc vraiment.

De jolis moments subsistent tout de même. Le père, joué avec talent par Bernard Menez est l'une des plus belles surprises du film. Un personnage émouvant, ce veuf qui tente de reconstruire sa vie, de réapprendre le goût du bonheur et des choses simples, un dîner arrosé, un slow, une partie de vélo. Beaucoup de pudeur et de vérité se dégagent des scènes entre le père et le fils, tantôt complices devant une finale de tennis de Roland-Garros, tantôt violemment accusateurs lors qu'ils évoquent la maladie et le décès de la mère de Maxime.

Au-delà de son père, Maxime cristallise autour de lui les confidences. Celle de Melodie qui lui raconte la peur d'une vie ratée, l'angoisse de l’échec et le difficile apprentissage de la confiance en soi, celle d'un viticulteur fan du chanteur qui offre un témoignage bouleversant sur la dépression, sur la difficulté de l'apres-divorce et la lente reconstruction d'un père en solo.

Le véritable sujet du film se trouve ici, dans la peinture de cette petite ville de province un peu morne et de ses habitants. Le réalisateur, Guillaume Brac, est de la région et cela transparaît dans les scènes avec les comédiens non professionnels, toutes très justes. On regrette que certaines aient dû être coupées au montage, elles composaient le plus beau matériau du film, le sujet central, celui du retour à la terre.

Tonnerre de Guillaume Brac avec Vincent Macaigne, Solène Rigot, Bernard Ménez. Sortie en salle le 29 janvier 2014.

Tag(s) : #Films

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