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Le court en dit long

Le premier court métrage représente le début d'une carrière, le premier pas dans la grande famille du cinéma pour des réalisateurs en devenir, la première pierre dans la construction d'un univers personnel. C'est donc avec un intérêt et une curiosité non dissimulés qu'on découvre à l'occasion d'une rétrospective du FIFIB (Festival International du Film Indépendant de Bordeaux) et pour les 30 ans de l'Agence du court-métrage ceux de deux grands noms du cinéma et d'une jeune réalisatrice prometteuse : Laurent Cantet, François Ozon et Sophie Letourneur.

La tête dans le vide de Sophie Letourneur

La tête dans le vide de Sophie Letourneur

On a découvert Sophie Letourneur par La vie au ranch, film bavard d'une bande de filles en train de quitter l'adolescence pour l'âge adulte. Peu après, il nous semblait retrouver les mêmes, à peine plus mûres, dans Les Coquillettes où comment aller au festival de cinéma de Locarno sans voir un seul film (!) Dans La tête dans le vide, les thèmes chers de la réalisatrice s'entrechoquent : un univers uniquement féminin, l'amitié valeur suprême, les déboires sentimentaux, la tchatche comme unique forme de langage et un goût prononcé pour toutes les boissons alcoolisées et les lendemains difficiles. Dans ce premier opus, la réalisatrice filme tout un univers de la loose lors d'une longue scène de discussion débridée entre trois copines, corps avachis sur canapés défraîchis, diction souvent aléatoire due à de fréquentes rasades d'alcool de bison et grignotage sans fin d'une nourriture indigeste (ah le potentiel photogénique d'une saucisse trempée dans la moutarde!)

Tous à la manif de Laurent Cantet

Tous à la manif de Laurent Cantet

Tandis que les filles de La tête dans le vide dissertent sur leurs histoires de cœur, Serge, le héros de Tous à la Manif, trime dans le café de son père principalement occupé par les lycéens d'en face. Et la tache n'est pas aisée pour ce jeune homme timide tiré à quatre épingle et pas très à l'aise avec le maniement du plateau. Il lui faut s'imposer face à ses adolescents mieux lotis que lui, arrogants, libérés et volontiers moqueurs. Le mouvement de grève lycéen qui se prépare sera salvateur, le jeune homme en profitera pour peu à peu s’intégrer au groupe et se rebeller, un temps, du joug patriarcal. Dans ce court métrage, les thèmes de la honte de classe, du rapport père/fils et de l'émancipation à travers la contestation sociale sont des éléments centraux et seront la trame du premier film de Laurent Cantet, Ressources humaines.Voir le court métrage Tous à la manif en intégralité ici

Une robe d'été de François Ozon

Les héros sont jeunes aussi dans le premier court métrage de François Ozon, Une robe d'été mais ici pas de rébellion adolescente. Plutôt une émancipation sexuelle précoce chez ces jeunes garçons qui découvrent les plaisirs intimes, qu'il soit homosexuels ou hétérosexuels, privés ou exposés au regard. La lumière est belle sur cette plage de fin d'été, les corps sont exposés qu'ils bronzent, qu'ils dansent ou qu'ils s'enlacent. La reprise du titre Bang Bang par Sheila, chantée en début et clôture du film par les deux personnages sonne comme une déclaration d'amour mélancolique. Sans tomber dans l’archétype et sans abuser du langage, François Ozon filme les sensations, mélange les codes et scrute avec délicatesse et sensibilité les tourments amoureux de la jeunesse.

Tag(s) : #Festivals

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