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 Interview de Christophe Offenstein et François Cluzet pour « En Solitaire »

Pour remplacer son beau-frère blessé, Yann Kermadec devient par hasard skipper du Vendée Globe. Il part donc avec l'ivresse du challenge et la chance du débutant mais les rêves de victoire seront très vite contrariés par un passager gênant.

Christophe Offensetin, En Solitaire est votre premier film en tant que réalisateur, comment a débuté cette histoire ?

Christophe Offenstein : Avec Jean Cottin (le producteur), nous souhaitions réaliser un grand film d'aventures. Jean est un passionné de voile, quant à moi, je suis un compétiteur dans l'âme. La mer s'est révélé un matériau naturel imprévisible, idéal pour raconter une histoire humaine. Le Vendée Globe va au delà d'une simple compétition, c'est une épopée sans escale et sans assistance. L'idée consistait également à faire le parallèle entre la réalisation d'un film et une course à la voile à travers l'importance du travail en équipe, le dépassement de soi, les impératifs techniques.

Quelle a été la préparation pour les acteurs et l'équipe technique ?

François Cluzet : La production a organisé plusieurs sorties en mer pour me préparer à la navigation. J'ai apprivoisé les gestes techniques grâce à l'aide du skipper Alex Pella. Nous étions très proches de la direction du Vendée Globe qui nous a épaulé durant l'ensemble du film car ils ont tout de suite compris notre projet. Nous voulions honorer leur travail et nous étions dans une démarche de vérité et de sincérité sur la course. Par exemple, le bateau du film a participé à l'édition 2008-2009 du Vendée Globe skippé par Marc Thiercelin.

Comment s'est déroulé le tournage ?

CO : Le tournage a duré 47 jours. Nous partions en mer le matin ou le soir, en fonction de la météo et des scènes que nous devions tourner, pour une durée de dix heures environ. Au total, entre 16 et 18 personnes étaient présentes à bord dont une équipe de trois marins et l'équipe du film. Le but était de filmer dans les conditions réelles pour être au plus prés de la vérité. Le début du tournage a été très difficile. Il a fallu s'adapter à la vie sur le bateau. Beaucoup de techniciens avaient le mal de mer et devaient travailler dans des positions très inconfortables. À chaque plan, nous nous demandions si nous pourrions tenir jusqu'à ce que celui ci soit terminé. Heureusement, l'équipe était très soudée. Nous étions comme une grande famille qui doit se serrer les coudes pour pouvoir aboutir au résultat final.

D'un point de vue technique, comment réalise-t-on un film en pleine mer ?

CO : Au niveau matériel, nous avons utilisé deux cameras car, avec les changements de vidéos, il fallait pouvoir faire des raccords entre les différentes prises de vue. Il était également très difficile de trouver un cadre libre du à la densité humaine sur le bateau, le choix de filmer camera à l'épaule, au plus près des acteurs s'est très vite imposé. De mon côté, j'ai voulu séparer la technique de l'artistique. Je me suis entouré d'un chef opérateur car il fallait que je sois disponible à 150% pour les acteurs.

À chaque plan, nous nous demandions si nous pourrions tenir jusqu'à ce que celui ci soit terminé.

François Cluzet, pour quelles raisons avez-vous accepté de faire ce film ?

FC : D'abord j'avais très envie de travailler avec Christophe (Offenstein) dont c'était le premier film. Nous avions déjà travaillé ensemble sur deux précédents films de Guillaume Canet, Ne le dis à personne et Les petits mouchoirs. Christophe est un chef opérateur très proche des acteurs qui se soucie beaucoup du jeu au delà de la technique. Cela ne m'a donc pas étonné qu'il décide de tenter l'expérience de la réalisation. D'autre part, il s'agissait d'un challenge personnel. J'étais très flatté que Christophe pense à moi pour ce rôle physique. Je ne voulais pas le décevoir.

Pourquoi avoir choisi d’intégrer un 2eme personnage à l'histoire et de ne pas simplement concentrer l'intrigue sur la performance du marin ?

FC : Si nous avions seulement filmé le skipper, le film serait devenu un documentaire et ce n'était pas le but recherché. La force du scénario vient de la confrontation entre les deux personnages : Yann et Mano. Le fait que Yann soit en train de réaliser un exploit rend le choix de garder ce jeune clandestin d'autant plus difficile puisqu'il accepte de fait d’être disqualifié. Cette rencontre le fait basculer dans un sentiment de compassion et de fraternité et oublier l'exploit sportif.

Finalement, que retenez-vous de cette expérience en tant qu'acteur?

FC : En arrivant sur la terre ferme après une journée de tournage je n'avais qu'un seule envie m'endormir sur le ponton. Si c'était à refaire, je ne le referais pas car j'aurais trop peur de l'accident. Sur certaines scènes, je devais traverser le bateau en courant et je n'avais qu'une peur, passer par dessus bord. Christophe me rassurait en me disant qu'il me rattraperait si je tombais. Je pense que sur ce film on a eu la barraca. J'ai eu de la chance car je n'ai jamais été malade. Cependant, même si nous n'avions pas totalement conscience des risques encourus, les contraintes ont largement été évacuées grâce au travail de la production en amont du tournage. Le travail entre les acteurs et les techniciens était inversé car contrairement à un tournage classique, c'était aux acteurs de s'adapter aux techniciens. Nous commencions à jouer quand ils étaient en place et comme nous avions peu de temps, nous travaillions dans l'urgence. Il fallait se surpasser et donner le meilleur de nous même. Je fais partie de la famille des acteurs d'instinct. J'aime jouer à travers les yeux de mon partenaire, me mettre à sa place.

Le film a déjà été présenté en avant première aux Sables-d'Olonne. Comment a-t-il été reçu ?

CO : Il y a eu un réel engouement pour ce film notamment lors de la dernière scène quand le bateau arrive dans le chenal. Nous avions lancé un appel à la population par les médias locaux et les gens ont répondu présent. L'ambiance était extraordinaire, il y avait une vraie ferveur dans la foule puisque nous étions la veille du vrai départ de la course. Lors de l'avant-première aux Sables-d'Olonne, le film a reçu un accueil très enthousiaste et à été longuement applaudi. Michel Desjoyaux a également vu le film et a pleuré d'émotion. C'est une belle récompense pour toux ceux qui ont travaillé sur ce projet.

Tag(s) : #Interviews

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