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Die Welt, d'Alex Pitstra

Avec humour et sens de l'à-propos, la première scène donne le ton du film. Abdallah, jeune tunisien branché, vendeur de DVD, essaie de dissuader, vaille que vaille, un client d'acheter Transformer II, symbole pour lui de l’impérialisme américain. Si le client n'en démord pas, le spectateur est lui convaincu par le discours et prêt à suivre, complice, les tribulations du héros.

Abdallah vit donc au jour le jour, entre ce boulot qu'il aime malgré sa précarité, les discussions avec les copains, son père garagiste et une petite sœur geekette qui l'initie à Facebook et rêve devant un ordinateur portable dernier cri. Cet équilibre fragile va bientôt vaciller lorsqu'il découvre un matin le magasin porte close et le patron parti. La quête sans fin d'un travail qui n'existe nulle part commence.

À l'occasion d'un mariage, des cousins installés en France lui dépeignent l'eldorado européen et la réussite facile. Il n'en faudra pas plus pour que s'improvise un flirt avec une touriste de passage, espoir d'une vie meilleure. Une destinée comme l'a connu son père ayant vécu quelques années en Hollande. Mais l'idylle ne dure pas et c'est une décision encore plus difficile que prendra Abdallah comme des milliers de compatriotes : l'exil.

En Tunisie, l'après-révolution n'a pas été synonyme d'un avenir radieux.

Cette vérité nous est souvent donnée à voir dans de nombreux reportages et le spectacle scandaleux de migrants partant tenter leur chance ailleurs et mourant sur les plages de Lampedusa fait régulièrement la une des journaux. Sans pour autant devenir un film à thèse, Die Welt a une valeur documentaire précieuse dans ce qu'il nous montre de la société tunisienne, dans les espoirs déçus de la population vis à vis de la classe politique, dans le fossé entre l’avènement d'une classe bourgeoise et les laissés pour compte du système. A cet égard, la scène de shopping du père d'Abdallah avec ses deux enfants chez Carrefour est mémorable. Tout y est trop cher, trop immaculé. Alors qu'un jeune couple cadre supérieur dévalise les rayons en électroménager et produits light, la famille se partage une bouteille de Coca.

Au-delà de la réalité sociale, Die Welt est aussi une véritable immersion dans la Tunisie d'aujourd'hui et de ses habitants à travers sa culture et ses coutumes sans l'effet carte postale. Il y a la crise, le chômage, la pauvreté mais aussi les fêtes de mariages non-mixtes, les marchés emplis de saveurs et de senteurs, les parties de football entre les gamins du quartier, l’avènement des nouvelles technologies, la longue préparation du couscous, les viriles parties de cartes au café.

En montrant son pays à travers le parcours d'un jeune homme, Alex Pitstra nous propose un film sensible et ne néglige jamais la psychologie de ces personnages. Abdallah n'est pas seulement le symbole d'une jeune génération désœuvrée mais c'est aussi un être humain en construction avec des rêves de réussite et la volonté de donner un sens à sa vie. Finalement l'ambition de chacun.

Tag(s) : #Films

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