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Violette, de Martin Provost

Violette Leduc. Un nom qui ne vous dit peut être rien. Et pourtant ! Après Séraphine, Martin Provost nous raconte la carrière d'une nouvelle artiste, de l'initiation à l'écriture par son compagnon Maurice Sachs jusqu'au succès public de La Batarde à travers certaines rencontres décisives découpées en chapitres.

De son enfance et de ses amours contrariés, Violette tirera toute la puissance narrative de son œuvre. Sa naissance bâtarde et non désirée, une mère absente, une passion adolescente et scandaleuse avec une camarade de pension Isabelle, puis une surveillante, Hermine, le mariage raté avec Gabriel dont découlera un avortement éprouvant, la relation platonique avec Maurice Sachs, le marché noir, l'amour inconditionnel à Simone de Beauvoir. Violette est un matériau brut, une parole libre dont Simone de Beauvoir fera un écrivain à part entière, reconnu par ses pairs et, plus tard, par le public.

À travers le diptyque Séraphine/Violette, Martin Provost se fait le porte parole de ces femmes artistes mal connues, de milieu social modeste, autodidactes avant tout qui, à force de travail et de persévérance, vont trouver leur voie.

Sans les sacraliser pour autant. Violette est une artiste, une poète mais c'est aussi une femme représentée dans sa trivialité. On la découvre dans les gestes intimes du quotidien, dans sa solitude, ses excès de folie. En s'attachant aux vingt premières années de sa carrière, le film montre le coté obscur du personnage, la lente accession vers la reconnaissance et la légitimité avant le succès public. Violette n'est pas seulement la mondaine que l'on se représente mais une femme blessée, solitaire. On découvre aussi une Simone de Beauvoir humaine et sensible loin de la femme sévère que l'on imagine souvent. Pour pénétrer au plus près de leur relation, leurs rencontres sont majoritairement filmées dans l'appartement de la philosophe.

Loin du folklore du film d'époque, Violette opte pour un parti pris d'épure qui suggère plus qu'il n'impose le St Germain des Près de l’après-guerre. Ainsi dans la société encore figée de la France des années 50, ces femmes incarnent des pionnières, des femmes libres, engagées, des héroïnes. Avec pudeur et sobriété dans la mise en scène, le réalisateur rend un hommage émouvant et nuancé à une grande artiste d'avant garde, douée et courageuse qui a révolutionné dans le fond et la forme la littérature de l'époque en inventant l'autofiction et en osant écrire sur sa sexualité malgré les vieux démons de la censure et de la bien-pensance.

Tag(s) : #Films

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