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En solitaire, de Christophe Offenstein

En solitaire est un titre trompeur. Si le héros participe bien à la course sans escale et sans assistance du Vendée Globe, il ne fera pas le voyage seul. Aux abords des côtes Canaries, un jeune clandestin s'invite sur son bateau en espérant rejoindre la France. Il ne sait pas alors qu'il embarque dans une aventure de trois mois autour du monde.

Si Yann Kermadec (impossible de faire plus breton) se lance dans cette aventure c'est un hasard, celui d’être au bon endroit au bon moment puisque son beau-frère s'est blessé avant la course. Il part donc avec la chance du débutant, une mentalité de vainqueur et l'ivresse du challenge. Mais les rêves seront très vite contrariés par ce passager gênant dont il ne sait trop que faire.

L’intérêt du film réside essentiellement dans la dimension documentaire, dans cet homme en prise avec la mer. Une immersion dans le milieu de la voile que l'on voit en général uniquement de l’extérieur lors des arrivées des skippers. Le spectateur devient donc passager du navire et embarque dans ce quotidien usant. Si l'aspect technique se révèle tout à fait crédible, il n'en est pas de même pour les faiblesses du scénario, les dialogues maladroits, la musique pesante, les personnages caricaturaux. La rencontre entre les deux hommes est bâclée, reléguée au second plan et devient artificielle. L'émotion n'effleure à aucun moment, ni dans les dialogues répétitifs entre François Cluzet et Virginie Effira (méconnaissable par ailleurs), ni dans les échanges entre les deux hommes réduits à bien peu de chose. François Cluzet joue tant bien que mal un skipper forcément ours mal léché au visage buriné, vociférant quasiment la totalité du film sur le jeune mauritanien à qui l'on affecte un accent ridicule, n'ayant pas grand chose à partager ni avec sa femme, ni avec sa fille ni non plus avec une autre skipper sauvée de la noyade. Les sentiments, trop appuyés, manquent de légèreté et de délicatesse. 

Les sentiments, trop appuyés, manquent de légèreté et de délicatesse. La psychologie des personnage a été oubliée au fond de la cale.

On le sent pour son premier film en tant que réalisateur, Christophe Offenstein a voulu montrer un « grand film d'aventure » en décidant de tourner l'action en conditions réelles. L'intention est louable mais diable pourquoi ne pas s'être concentré sur le milieu tellement mystérieux de la mer et sur l'extraordinaire odyssée d'un tour du monde plutôt que se perdre dans la relation entre ces deux personnages qui semble n'être qu'un prétexte. Avec les moyens de production que l'on imagine colossaux (on ne compte pas le nombre de sponsors visibles à l'écran), il aurait pu concevoir une œuvre beaucoup plus sobre et efficace sans l'histoire de ce jeune immigrant qui n'apporte qu'une humanité factice et une fin pleine de bons sentiments.

En solitaire de Christophe Offenstein avec François Cluzet, Samy Seghir, Guillaume Canet, Virginie Efira. Sortie en salles le 6 novembre 2013.

Tag(s) : #Films

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